SANTA MARIA DE LA ASUNCION
TLACOLULA
SANTA MARIA DE LA ASUNCIÒN
RÉGION DE OAXACA
✏️ GERARD GRENZING
Bien qu’aucune inscription n’ait été trouvée à l’intérieur de la laye au début de la restauration et que l’origine de l’orgue est restée longtemps inconnue, les recherches documentaires menées en 2012 par l’Instituto de Órganos Históricos de Oaxaca México (IOHIO) ont révélé que l’orgue a été construit en 1791 par le maître facteur d’orgues Manuel Neri y Carmona.
Cependant, il est possible que certaines de ses pièces proviennent d’un instrument plus ancien comme le suggèrent certains éléments de la tuyauterie.
Par exemple, l’un des résonateurs les plus hauts du tuyau de la Trompeta Real intérieur, qui porte une inscription gravée avec la date de «1666». De plus, les marques en forme de croix carrées trouvées sur plusieurs tuyaux à l’intérieur seraient associées, selon l’IOHIO, à une période de grande influence dominicaine à Oaxaca, entre le XVIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle. On sait que les derniers orgues de Oaxaca portants ces croix dominicaines gravées sur leurs tuyaux datent des années 1740, donc on suppose que la tuyauterie de l’orgue de Tlacolula a été construite avant le buffet de 1791.
La conservation de l’héritage culturel sonore exceptionnel que répresentent les orgues de Oaxaca et notamment celui de la Parroisse de Tlacolula, a impliqué une grande responsabilité pour notre travail de restauration. Notre objectif a donc était de faire une intervention extrêmement respectueuse et discrete, qui permette de préserver les matériaux et mécanismes de l’instrument pour les siècles à venir, et perpétuer ainsi cet héritage sonore.
Nous avons pu comparer cet instrument avec plusieurs orgues de Oaxaca, ce qui nous a permis d’obtenir une orientation stylistique de ses particularités. Nous avons également pu mettre à profit notre longue expérience en matière de restauration d’orgues des écoles ibériques. Les instruments de Oaxaca se distinguent des orgues ibériques par leurs gracieuses «hanches» (extensions du meuble à la hauteur des claviers), ainsi que par l’action particulière des registres, qui dans ce cas exige de tirer d’un côté pour les ouvrir et de pousser de l’autre, alors que l’on tire habituellement pour les activer.
Une facture clairement arcaïque est également visible dans certains détails de la construction des tuyaux et dans l’harmonisation. Il est intéressant de souligner la disposition des jeux, qui évite les rangs composés ou pleins, et favorise la répétition des rangs, surtout pour les deux pieds.
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21 notes UT-ut’ avec octave courte
Clarines (Bajoncillo) 4´
Flautado mayor 8´
Bardón 8´
Octava 4´
Quincena 2´
Diecinovena 1 1/3´
Veintidocena 1’
Trompeta real 8 -
24 notes ut#’-ut’’’
Clarines 8´
Flautado mayor 8´
Bardón 8´
Octava 1° 4´
Quincena 1° 2´
Octava 2° 4´
Quincena 2° 2´
L’INSTRUMENT I DISPOSITION
Il s’agit d’un instrument de belle facture et de fabrication professionnelle. La plupart de ses éléments techniques ont été conservés, bien qu’en mauvais état. La partie la plus détériorée était le matériel phonique, à la fois en raison de modifications et d’une manipulation inadéquate. Nous avons trouvé des indices selon lesquelles le diapason d’origine était de 415 Herz au lieu des 395 Herz que nous avons observé sur d’autres instruments de la région.
Lors de nos premières inspections, nous avons remarqué l’intéressante présence de deux registres de huit pieds, l’un ouvert et l’autre fermé. Pour un instrument provenant du XVIIIe siècle, cette double disposition est pour le moins exceptionnelle.
Certains détails comme l’épaisseur des biseaux, double de la taille habituelle, nous indiquent une tuyauterie de facture plus ancienne. Nous avons remarqué que la hauteur des bouches évolue doucement dans les basses, pour être extrêmement haute dans les aïgus, même en tenant compte de l’épaisseur exceptionnelle des biseaux.
L’harmonisation est basée sur des pieds complètement ouverts. Ces détails nous permettent d’observer une possible parenté avec les influences allemandes et surtout flamandes visibles dans les orgues de l’école ibérique du XVIe siècle en Espagne. L’organisation du sommier en tierces invite également à la même réflexion : il peut s’agir d’une simple coïncidence, mais aussi d’un archaïsme présent depuis plus de deux siècles.
Certains petits tuyaux proviennent apparemment d’un instrument plus ancien, de facture très différente, qui n’ont pas les mêmes détails observés sur les tuyaux originaux.
Alors que les tuyaux du grand registre était facilement identifiables, le mauvais état de la tessiture des petits registres n’a pas permis une lecture correcte de ceux là. Il a fallu procéder à une analyse complète après démontage, ce qui a permis de confirmer la disposition des registres.
UN DÉFI DE RESTAURATION
Le défi le plus important de la restauration de l’orgue de Tlacolula a été l’état des boiseries. En 50 ans de travail de restauration des orgues ibériques, nous n’avons jamais eu affaire à un bois aussi attaqué par les termites.
Le dévouement de notre équipe de restauration expérimentée a permis de résoudre de nombreux problèmes extrêmement graves, tant au niveau de la récupération mécanique des boiseries que de la restauration minutieuse du son, afin de pouvoir profiter du message musical de cet instrument exceptionnel.
Gerhard Grenzing